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Amalia – Aude Picault

Résumé

Amalia est au bord du burn-out. Dans sa famille, où elle s’occupe de sa fille Lili, 4 ans et subit sa belle-fille Nora, 17 ans, ça crie et ça claque les portes, sans répit. Dans l’entreprise où elle est coach, on parle rentabilité, process’, elle perd le sens de ce qu’elle fait. Dans les campagnes alentours, elle voit la terre épuisée par la pollution et à la radio, les nouvelles du monde sont loin d’être rassérénantes. Alors Amalia fatigue et s’épuise, Amalia craque.

Trentenaire au bord de la crise de nerfs

Dans un premier temps, je recommande de ne pas vous fier à la couverture de cette bande dessinée. L’album parle de la charge mentale qui pèse sur les mères de famille. En menant de front leurs obligations personnelles et des journées de travail bien remplies, elles se sentent submergées par le quotidien. Si on y ajoute les désastres écologiques qui se profilent à l’horizon et questionnent sur l’avenir des générations futures, ces angoisses créent un cocktail détonnant qui a le potentiel de saper le moral des plus optimistes. Autant dire qu’ Amalia devrait parler à beaucoup de lecteurs tant elle se montre en phase avec les préoccupations actuelles.

J’ai porté un regard très critique sur cette bande dessinée pour des raisons que je ne tarderai pas à évoquer. Cependant, on ne peut pas reprocher à Aude Picault de manquer de discernement. Le ton se veut léger mais l’autrice dresse un constat implacable : le système tend vers un perfectionnisme qui se révèle être totalement contre-productif et destructeur. Anne Picault analyse de manière très juste les causes de la charge mentale, en proposant un album à mi-chemin entre la tranche de vie et la vulgarisation sociologique.

Sollicitée de toute part, Amalia est au bord de l’épuisement. Il faut reconnaître que l’entourage ne lui facilite guère la tâche : entre sa fille hyperactive, une belle-fille en pleine crise d’adolescence et un mari qui ne se montre pas très compréhensif, la jeune femme ne peut souvent compter que sur elle-même. Aude Picault critique aussi les pratiques du management actuel. Promue « Team Leader » dans une entreprise de gestion des risques, Amalia doit sans cesse faire preuve de flexibilité pour répondre aux attentes d’un manager correspondant en tout point à ce qui est dans l’air du temps. Sous des allures décontractées, sa supérieure hiérarchique dissimule à peine un tempérament autoritaire. Le trait est un peu forcé mais le propos sur les faux-semblants sonne juste.

Alors le jour où Amalia craque, son médecin lui diagnostique une « intolérance au rendement ». Je suis consciente qu’il faut le prendre au second degré mais les réponses apportées me dérangent. Il lui explique alors que la solution se trouve en elle et que se mettre au vert lui ferait le plus grand bien. Seulement, manger local et courir dans les champs n’ont jamais résolu les problèmes de souffrance au travail. Je n’ai rien contre le fait de chercher le bonheur dans les choses simples, bien au contraire. Seulement, j’avais l’impression qu’Aude Picault nous murmurait à l’oreille que la nature est forcément bienveillante et qu’elle sait nous récompenser si on la traite avec respect. Cette idée me semble problématique parce qu’aussi belle soit-elle, la nature n’est pas toujours un havre de paix.

Je trouve encore plus dangereux de véhiculer l’idée que chacun doit trouver sa solution. Elle minimise le poids de l’environnement familial et professionnel sur la santé mentale. Ce discours incite les personnes concernées à se remettre sans cesse en question alors que les causes sont peut-être ailleurs. Pendant qu’on détourne l’attention, le système, lui, ne change pas. Les solutions proposées pour gérer le harcèlement au travail, et plus généralement la charge mentale, me semblent donc inappropriées.

Néanmoins, je ne saurais affirmer si cette lecture relève vraiment du premier degré. Le diagnostic de « l’intolérance au rendement » avait déjà attiré mon attention mais les personnages sont aussi trop caricaturaux pour qu’il en soit autrement. Nora, la belle-fille d’Amalia, représente à elle seule tous les clichés de l’adolescente qui se rêve influenceuse beauté. Le portrait du mari n’est guère plus flatteur. Derrière la façade « éco-responsable » de son entreprise se cachent des méthodes de production douteuses. Karim symbolise celui qui cautionne le système capitaliste. Sa non-contribution aux tâches domestiques contribue à rendre le personnage encore plus insupportable. Seules Amalia et sa fille suscitent la sympathie. Lili a beau être une enfant hyperactive et indisciplinée, elle est en quelque sorte une bouffée d’air frais pour la famille. L’innocence la tient encore éloignée de cette culture de la performance. Amalia, son père et sa belle-sœur essaient d’ailleurs de s’en inspirer pour revenir à des valeurs simples.

En refermant l’album, je me suis demandée si cette histoire n’était pas un conte moderne où tous les problèmes se résolvent grâce au pouvoir régénérateur de la nature. Dans ce cas, la bande dessinée aurait probablement pour objectif d’aider le lecteur à relativiser sur ses propres difficultés. L’expérience d’Amalia diffuserait une note d’espoir pour celles et ceux qui considèrent le quotidien insurmontable. Quelque soient les motivations d’Aude Picault, ce discours ne fonctionne pas chez moi. L’ analyse portant sur les causes de la charge mentale m’a convaincue mais les messages véhiculés se sont révélés agaçants. Dommage.

Note : 2.5 sur 5.

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